Burkina Faso : Sauver le poulet bicyclette

A Gouanghin, un petit village situé à une trentaine de kilomètres au sud de Ouagadougou, un groupement de femmes tente de développer entre ses membres l’élevage de la volaille locale, très demandée. Mais fait face à une mortalité accrue.

Assise sous un hangar à l’entrée de la concession familiale entourée de champ de maïs, Zénabou Baldé contemple sa volaille courir et picorer dans tous les sens. Madame Zénabou en possède une quarantaine, toutes de race locale. Et elle en est toute fière. Ici, on les appelle communément « poulet bicyclette », en raison de leurs longues pattes, leur faible gabarit, leur grande mobilité, mais aussi en référence aux vendeurs de poulets qui, des villages, se déplacent à vélo vers les marchés.

Zénabou Baldé a commencé l’élevage de volailles locales il y a un peu plus d’une année. Avec quarante autres femmes du village de Gouanghin, situé à une trentaine de kilomètres au Sud de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, Madame Baldé a formé un groupement appelé « Wend-panga » qui signifie « la force de Dieu ».

Pour développer l’aviculture traditionnelle entre ses membres, le groupement a mis en place une initiative fort intéressante. Les femmes se sont cotisées et ont pu doter six d’entres elles avec dix poules et un coq pour commencer l’activité. L’idée étant que tous les ans, chaque bénéficiaire offre à un autre membre le même effectif reçu : dix poules et un coq. « Ce n’est pas toujours évident pour une femme d’élever la volaille. Mais tout est une question d’entente. Si elle s’entend avec son époux et que celui-ci l’y autorise, alors les choses deviennent plus faciles », confie Zénabou, présidente du groupement.

Face à la mortalité

Plus facile ? Oui, mais sans compter les maladies aviaires. Au cours des derniers mois, les femmes du groupement Wend-panga ont assisté impuissantes à la mortalité de leur volaille. « J’avais une quarantaine de poussins. Tous sont morts en l’espace de quelques heures », témoigne Alimata Compaoré, membre du groupement.  Sa collègue Awa Ouédraogo, affirme avoir perdu également une vingtaine de tête. « Notre plus gros souci, c’est que les poussins puissent atteindre les trois mois. Beaucoup meurent avant cet âge », explique-t-elle. Dans la langue locale « Mooré », on utilise un terme équivalent à « maladie aviaire » pour toutes les maladies sans aucune distinction.

Mais selon une enquête conduite par l’ONG Galvmed et des partenaires locaux, « c’est la maladie de Newcastle qui est vraiment un frein au développement de l’aviculture villageoise. Autre chose encore, on avait des difficultés pour la conservation des vaccins. Parce que tous les vaccins disponibles étaient très sensibles à la chaleur. Ce qui n’était pas très pratique en milieu villageois », explique Docteur Samuel Minoungou, vétérinaire privé chargé du projet de vaccination contre la maladie de Newcastle en milieu villageois.

Chez madame Zénabou Baldé, présidente du groupement « Wend-panga »

Pour y remédier, Galvmed a développé le projet de vaccination contre la maladie de Newcastle en milieu villageois entre 2013 et 2015 qui a couvert trois provinces du Burkina Faso : Boulgou, Koulpelogo et Bazéga où se trouve le village de Zenabou Baldé et son groupement Wend-panga. « On en a discuté et on a identifié un vaccin qui est thermo-tolérant, le vaccin i-2, qu’on a expérimenté. Nous avons importé le vaccin du Sénégal et nous avons formé un réseau de vaccinateurs qu’on a équipés pour réaliser  la vaccination dans les villages », ajoute Dr Minoungou.

Il s’agit d’un vaccin plus simple à administrer puisqu’on le met dans l’œil de la volaille. A Gouanghin, les paysans l’ont surnommé « goûte dans l’œil ». Un vaccin que certains rejettent aujourd’hui.

« Le vaccin ‘’goûte dans l’œil’’ n’a pas réussi à notre volaille. Malgré son administration, nous avons perdu poussins, poules et coqs, tous sont morts. Aucun n’est resté. Personnellement, je ne veux même plus entendre parler de ce vaccin. Et c’est le même sentiment dans tout le village », dit Zénabou Baldé tout en gardant le sourire. Moussa Tarzanga fait parti du réseau de vaccinateur mis en place. « J’ai sillonné dans les villages, j’ai vacciné pas mal de sujets. Mais après ce qu’on me reproche, certains me disent que ce n’est pas du vaccin, que ça n’a rien fait, qu’ils ont enregistré tellement de mortalité », explique-t-il.

Rupture de stock

Mais pour Dr Samuel Minoungou, il y a bien une explication. « Avec le vaccin i-2, il faut répéter la vaccination tous les quatre mois. Cela suppose que vous ayez un bon stock. Si vous ne répétez pas, le premier vaccin ne protège plus. On a pu faire une bonne première campagne de vaccination. Mais à la deuxième campagne on a manqué de vaccins. Les poulets ont commencé a mourir », explique-t-il. Mais ce n’est pas tout. « Comme c’est un nouveau produit et comme ça se met dans l’œil, en fonction de l’habilité du vaccinateur, ça marche ou ça ne marche pas. Sinon le vaccin est performant et il a déjà fait ses preuves dans d’autres pays », ajoute Dr Samuel Minoungou, par ailleurs ancien président de l’ordre national des vétérinaires du Burkina (2008-2014).

Le vaccin i-2 malgré son efficacité avérée dans d’autres pays, n’est pas encore enregistré au Burkina Faso. De ce fait, son importation nécessité une autorisation spéciale qui peut être accordée ou refusée sans explication au demandeur.

Depuis quelques années, l’enregistrement des produits vétérinaires est fait au niveau de la Commission de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine) qui  délivre alors une licence valable pour les huit pays membres. « Le dossier d’enregistrement du vaccin i-2 est déposé à l’UEMOA depuis plus de 2 ans, mais l’enregistrement n’est pas encore fait », regrette l’ancien président de l’ordre national des vétérinaires du Burkina qui a également siégé pendant 4 ans dans la commission d’enregistrement des produits vétérinaires.  

Un dossier que suit de près Dr Narcisse Koffi, responsable projet Galvmed en Afrique de l’Ouest et Centrale. « J’ai rencontré la direction des services vétérinaires de la Côte d’Ivoire pour savoir où il en était au niveau de l’UEMOA concernant les enregistrements des vaccins. Je crois savoir qu’une réunion est prévue les 13 et 14 octobre pour statuer sur les enregistrements. On espère que cette rencontre va permettre d’avancer sur l’autorisation de mise sur le  marché du vaccin i-2 », dit-il.

Somme toute, il faut davantage sensibiliser les producteurs sur le sens et l’importance de la vaccination et de l’hygiène. C’est du moins le vœu de Moussa Tarzongo. « On nous a bien expliqué, avant de vacciner, il faut d’abord déparasiter. Quand j’explique cela aux paysans, ils sont réticents. Pour eux, c’est comme si j’inventais des choses pour leur faire dépenser plus. Alors que si tu vaccines sans déparasiter, c’est comme si tu n’as rien fait », dit-il.

Mais au-delà de la vaccination, les femmes du groupement Wend-panga souhaitent une formation complète sur la conduite de l’aviculture traditionnelle améliorée. En attendant, Zénabou Baldé et ses collègues ne compte pas abandonner. « On ne se décourage pas. On continue dans cette activité en espérant faire des bénéfices de temps à autres. C’est toujours comme ça. Il y a des moments où nos poules meurent, puis d’autres moments où la volaille survie et là on arrive à en vendre ».

Inoussa Maïga

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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