Jeanne, une championne de la transformation du poisson au Togo

IMG_4481Les derniers rayons de soleil disparaissent peu à peu à Katenga, un village de pêche situé à quelques centaines de mètre du port de pêche de Lomé. Mais pour Jeanne Amematsro, la journée est loin d’être terminée.

Mme Amematsro essaye de rattraper son retard sur son site de transformation de poisson après deux jours d’absence pour cause de maladie. Aidée par une jeune fille d’une quinzaine d’année et d’un jeune homme dans la vingtaine, elle place du poisson fumé dans des paniers. Dans quelques semaines, ces paniers seront acheminés vers les localités intérieures du Togo et aussi au Bénin pour être vendus.

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Mme Amematsro est la présidente de l’Union des groupements de femmes transformatrices de poisson. Elle exerce dans la transformation de poisson depuis plusieurs années. Elle explique son travail : « Nous achetons le poisson avec les mareyeuses au port de pêche. Les transporteurs amènent le poisson sur le site de transformation. Quand on reçoit le poisson, nous les étalons sur des grillages que nous laissons au soleil quelque temps. Après, on met ça sur le feu. On pose les grillages les uns sur les autres puis on fait tourner au fur et à mesure. On fait attention à la couleur pour que ça soit agréable à voir ».

Mme Amematsro utilise la peau de noix de coco qu’elle plonge dans l’eau pour donner au poisson fumé sa couleur dorée très appréciée par les clients. Elle a une stratégie bien particulière pour faire des profits. Pendant la période où le poisson est abondant, notamment entre septembre et novembre, elle stocke le poisson fumé dans son magasin pour vendre à une période où le poisson se fait rare.

Elle dit : « A partir du mois de décembre, il y a les vents d’harmattan qui commencent. Beaucoup de pêcheurs partent ailleurs. En ce moment, on ne gagne plus de poisson. Donc ce que je transforme et je stocke, c’est ça que je vends en janvier et février. À cette période le prix est plus intéressant sur le marché parce qu’on ne trouve plus assez de poisson [pour satisfaire à la demande] ».

Fati Mohamed est membre de l’union. « Dans l’année, il y a trois mois au cours desquels ont peut avoir plus facilement le poisson. Si cette période passe sans que tu ne puisses acheter le poisson, le reste de l’année tu n’auras rien pour vendre », dit-elle. Elle s’arrête un instant, puis poursuit : « Ceux qui ont l’argent pour acheter pendant que le poisson est disponible pour le transformer, stocker et vendre plus tard, ceux-là [font le plus de] bénéfice ».

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L’expérience de Jeanne Amematsro a attiré l’attention Amegnyglo Selom. Le jeune étudiant travaille avec elle comme stagiaire. « Je suis actuellement en stage pour préparer mon mémoire pour le titre d’ingénieur agronome. Je viens de faire pratiquement deux mois ici », explique-t-il. Le jeune étudiant ajoute : « Au départ, j’étais venu juste faire mes enquêtes et ça devrait durer à peu près une semaine. Mais comme je me suis vraiment intéressé au travail, je me suis lancé dedans. Donc j’aide [Mme Amematsro] et je fais ma rédaction aussi ».

Amegnyglo Selom confie avoir beaucoup appris durant son stage avec Mme Amematsro. Il dit : « J’ai vu que c’est un travail qui est quelque part un peu difficile, mais à la fois aussi rentable. J’ai commencé à négocier pour voir si je peux rester avec elle, être un agent de commerce. [J’aimerais] faire l’étude du marché pour voir là où on peut déposer nos produits finis. Je suis sur ce travail ».

Mme Amematsro veut insuffler aux autres membres de son union la manière d’agir et de penser de M. Selom. Pour cela, elle compte engager des séances de sensibilisation.

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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