Accord de Partenariat Economique : Voici comment la ratification pourrait capoter

crédit photo : cercle.lu

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A ce stade, les chances sont très minces. Mais les carottes ne sont pas encore complètement cuites. Il est encore possible de donner un ultime coup de frein à la ratification de l’Accord de Partenariat Economique (APE) entre l’Union Européenne (UE) et les Etats membres de la CEDEAO et la Mauritanie. Voici comment.

Tout d’abord, rappelons que l’APE est un accord de « libre-échange » qui vise à supprimer 75% des droits de douane sur les importations venant de l’UE. Ce qui limiterait la marge de manœuvre des Etats africains par rapport à leurs politiques commerciales et de développement.

A ce jour, l’APE a été signé par douze pays sur les seize concernés. Seuls quatre n’ont pas encore signé. Il y a la Gambie de Yahya Jammeh à couteaux tirés avec l’Europe. Il y a aussi la Mauritanie et le Togo et surtout le géant Nigéria qui en réalité n’a absolument rien à gagner avec l’Europe.

L’UE a prévu la ratification par au moins deux tiers des pays dans un délai de dix-huit mois. Il ne reste plus que onze mois. Si ce n’est déjà fait, le Ghana et la Côte d’Ivoire devraient très vite ratifier l’APE. Ces deux-là même qui ont trainé la région dans cette boue. Mais eux au moins pensent y gagner quelque chose. Il y a aussi d’autres pays qui jouent gros, mais qui se lanceront quand même, c’est le cas du Burkina Faso, du Niger, du Mali, du Sénégal.

Plus que onze mois pour faire ratifier l’accord par au moins onze pays sur seize. Si en plus des quatre qui ne l’ont même pas encore signé, deux pays qui ont déjà signé refusaient de le ratifier, alors oui l’Europe se retrouveraient de nouveau dans l’embarras. Et on pourrait espérer voir cet accord pourri sauter définitivement. Comme dans un rêve partagé par des millions d’Ouest-africains et aussi d’Européens conscients des dangers que l’on cours en adoptant un tel accord décousu, si injuste, si déséquilibré, si destructeur.

Mais même si l’accord venait à être ratifié par les deux-tiers et qu’un seul pays de l’espace CEDEAO s’y refusait, là encore la mise en œuvre pourrait être compromis. Croire à un tel scénario c’est vraiment se retrancher dans ses derniers espoirs. Et alors ? Il ne faut quand même pas se laisser abattre sans se battre.

L’autre réalité, c’est que le Tarif Extérieur Commun (TEC) en vigueur dans l’espace CEDEAO depuis le 1er janvier, point d’entrée de l’APE, n’est encore aucunement respecté. Le Sénégal continue d’interdire par exemple l’importation de poulet sur son territoire, le Nigéria impose toujours des restrictions d’importations de produits agricoles. Tout le monde s’en fout de ce TEC adopté le couteau sous la gorge.

Mais si aucun de ces scénario ne marchait et que l’APE entrait effectivement en vigueur, sur le long terme, c’est toute la région qui en sortirait perdante. Dans l’immédiat, les plus gros perdants sont les pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Comment par exemple ont-ils pu accepter que lait en poudre soit considéré comme de la matière première et taxé à seulement 5%, pendant qu’eux, contrairement au Ghana et à la Côte d’Ivoire qui se sont battus pour, disposent d’un cheptel très important et ont ainsi la possibilité de développement leurs productions laitières locales ?

On peut au moins reconnaître à la Côte d’Ivoire et au Ghana le mérite d’avoir défendu bec et ongle leurs propres intérêts. Sauf que quand on est à plusieurs dans une même case, si l’un souffre d’ingestion, les autres n’échapperont pas aux mauvaises odeurs de ses rejets. C’est donc toute la région qui est mal engagée.

Inoussa Maïga

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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1 réponse

  1. grodent dit :

    Pour plus de précisions sur les jeux des accords de «  »libéralisation » » du commerce, on peut utilement consulter : le dossier de Défis Sud sur le question : « les accords de la paupérisation – https://www.sosfaim.org/be/publication/defis-sud-les-accords-de-la-pauperisation/ .

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