Des semences maraichères résistantes aux ravageurs ?

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Marcel Ouédraogo Producteur céréalier en saison des pluies, Marcel Ouédraogo pratique le maraîchage en saison sèche.

Pour nombre d’agriculteurs burkinabè, saison sèche rime avec désœuvrement. Ce n’est pas le cas pour Marcel Ouédraogo. « On ne peut pas se reposer parce que les besoins ne sont jamais au repos. Il faut créer les opportunités pour s’occuper », dit-il en riant aux éclats.

Créer des opportunités, Marcel Ouédraogo semble le faire avec succès. Producteur céréalier en saison des pluies, il pratique le maraîchage en saison sèche. Alors que les premières pluies se font encore attendre, l’exploitation de Marchel Ouédraogo est l’un des rares îlots de verdure dans le village de Makognadougou, située à 50 km de Bobo-Dioulasso sur la route nationale n°1.

C’est dans un champ d’environ 3,5 ha entièrement clôturé que Marcel Ouédraogo et sa famille pratiquement le maraichage. Trois hectares et demi sur lesquelles Marcel Ouédraogo cultive de la tomate, de l’aubergine, du piment, du poivron et aussi des semences d’arachide et de sésame.

Tester de nouvelles semences

Cette année, Marcel Ouédraogo a essayé de nouvelles semences maraichères qu’il a obtenu auprès de la société semencière Nafaso, basée à Bobo-Diaoulasso. Une dizaine de semences (tomate, aubergine, piment, gombo, etc.) qu’il a planté sur environ 300 m2 d’un. « Je voulais voir comment ces semences se comportent. Donc je n’ai pas mis d’engrais et je n’ai fait aucun traitement contre les ravageurs. Pourtant il n’y a même pas à comparer, la production avec ces nouvelles semences est bien meilleure », assure Marcel Ouédraogo. Le producteur observe que la plupart de ces semences résistent à la mouche blanche, le principal ennemi des maraichers.

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Marcel Ouédraogo : « Je n’ai pas mis d’engrais et je n’ai fait aucun traitement contre les ravageurs. Pourtant il n’y a même pas à comparer, la production avec ces nouvelles semences est bien meilleure »

Pour le piment, Marcel Ouédraogo a essayé trois semences différente : Demon F1, Tiela F1 et Daiya F1. Déjà, le producteur a fait son choix parmi les trois. « Demon est plus intéressant en termes de rendement. En plus, c’est une variété plus précoce que les deux autres », se justifie-t-il.

En attendant de percer le mystère du marché

Comme Marcel Ouédraogo, une trentaine d’autres maraichers dans l’ouest du Burkina Faso ont pu tester ces nouvelles semences. Omar Sawadogo est aviculteur à Bobo-Dioulasso. Il utilise les fientes de sa volaille pour cultiver l’oignon, le piment, le concombre.

Omar Sawadogo a aussi reçu de Nafaso des semences de concombre qu’il a essayé sur une toute petite portion. « On constate qu’en un mois on a déjà des fruits. Et ces fruits sont deux fois plus gros que ceux des semences que nous trouvons ici », dit-il.

Mais le producteur observe quelque chose qui ne lui plait pas beaucoup. « Quand on dépose le fruit au bout de deux jours, ça commence à se faner. Ce qui veut dire qu’on peut avoir des problèmes de conversation avec une telle variété », s’inquiète-il.

« Si c’est du point de vue de la production, je suis prêt à adopter cette nouvelle semence parce que côté rendement, elle bat les variétés qu’on a ici, confie le producteur. Mais comme je n’ai pas encore percé le mystère du marché avec ça, je ne peux pas trop me prononcer. Pour l’instant c’est vraiment une production à très petite échelle. Ce qui fait que je ne peux pas vraiment prendre des engagements pour la commercialisation », précise-t-il.

Des semences améliorées et non des OGM

Pour sa part, Marcel Ouédraogo pense déjà à cultiver ses semences sur une plus grande superficie. « Si sans aucun traitement le rendement est plus que celui des semences que l’on utilisait habituellement, cela veut dire qu’avec un peu de traitement la production sera encore plus importante », analyse-t-il.

Nafaso est une entreprise qui intervient jusque-là dans la production et la commercialisation de semence céréalières. L’entreprise s’est fait connaître surtout par la promotion de semences de maïs hybride (Bondofa et Komsaya).

Marcel Ouédraogo a testé une dizaine de semences maraichères sur environ 300 m2

Marcel Ouédraogo a testé une dizaine de semences maraichères sur environ 300 m2

Aujourd’hui, Nafaso veut se lancer dans la commercialisation de semences maraichères, notamment celles produites par la société néerlandaise East-West Seed basée en Thaïlande. « Il s’agit de semences améliorées et non des OGM », s’en défend Idrissa Sawadogo, directeur technique de Nafaso. « Nous avons voulu que les producteurs essaient ces variétés pour voir leur adaptation », explique-t-il.

Puis il ajoute : « Avec les retours qu’on a, il y a quelques variétés qui semblent avoir une meilleure résistance à la mouche blanche. En gros il y a quelques variétés qui se dégagent du lot et nous nous préparer pour les lancer à grande échelle », ajoute-il.

Abdoul Karim Nadié, est un consultant en phyto pathologiste. Il a suivi la plupart des maraichers qui ont testé les semences mises à disposition par Nafaso. Il explique : « le prix des semences est le principal handicap des cultures maraichères. Si une entreprise a la possibilité d’importer en grande quantité ces semences, cela permet de les rendre plus accessible aux petits producteurs ».

Abdoul Karim Nadié relève surtout la démarche de prudence des producteurs. « Le producteur maraicher n’est pas un ignorant, encore moins un fou. Il sait très bien ce dont il a besoin. En termes de semences, le maraicher veut des variétés qui résistent mieux aux attaques et qui lui permet d’avoir une meilleure productivité afin de rentabiliser son exploitation », souligne-t-il.

Inoussa Maïga

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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2 réponses

  1. NADIE ABDOUL KARIM dit :

    J’ai suivi Marcel qui est un gros travailleur; ses résultats doivent interpeller les autres producteurs; s’ils veulent lutter contre la pauvreté il faut qu’ils acquièrent de bonnes pratiques agricoles dont par exemple l’utilisation de semences performantes en terme de rendement et de résistance aux ravageurs.

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