L’insécurité foncière menace les pratiques agro écologiques

Des agriculteurs ont réussi l'exploit de transformer des terres arides en des forêts dans le nord du Burkina Faso

Des agriculteurs ont réussi l’exploit de transformer des terres arides en des forêts dans le nord du Burkina Faso

Dans le nord du Burkina Faso, l’une des régions les plus arides du pays, des agriculteurs ont investi pendant plusieurs décennies pour récupérer des terres dégradées en multipliant les techniques. Aujourd’hui, nombre d’entre eux font face à une insécurité foncière sans précédent.

Pendant plusieurs décennies, des agriculteurs du nord aride du Burkina Faso, travaillent à récupérer des terres dégradées et restaurer le couvert végétal décimé par plusieurs années de sécheresses. Alors que certains les prenaient pour des fous, ils ont multiplié les techniques : cordons pierreux, zaï, compostage, etc. A ces techniques, s’est ajoutée la pratique de la RNA (Régénération Naturelle Assistée) introduite par l’ONG Réseau MARP-Burkina.

Aujourd’hui, leurs actions ont payé. On compte plusieurs dizaines voire des centaines d’agriculteurs qui sont parvenus à transformer des terres arides en des forêts. Ces terres redevenues plus que propices à l’agriculture, attisent les convoitises. L’une des principales contraintes auxquelles font face ces agriculteurs c’est l’insécurité foncière.

Cette problématique a fait l’objet d’un film documentaire de quinze minutes projeté ce 28 mai 2015 à l’occasion de l’atelier sous régional sur l’agro écologie et la régénération naturelle assistée. Dans ce film, on découvre les histoires poignantes de plusieurs agriculteurs victimes d’insécurité foncière sur des terres qu’ils ont investi à récupérer.

C’est l’exemple de Michel KONKOBO, un producteur de Songnaaba, village situé dans la province du Yatenga. Il explique : « Une entreprise est venue nous dire qu’elle a acheté nos terres avec le gouvernement. Elle a continué son œuvre et a abattu de nombreux arbres fruitiers que j’avais introduits en affirmant qu’elle avait acheté la terre ».

Yacouba Sawadogo, producteur à Gourga, a investi pendant deux décennies pour créer une forêt de 25 hectares. Quant il est arrivé sur cette terre, il n’y avait que sept arbres, dit-il. Aujourd’hui, l’agriculture vu une bonne partie de son champ avalé par des lotissements. « Les attributaires de parcelles ont commencé à construire. J’ai demandé au propriétaire de cette maison d’aviser les forestiers avant de construire, mais il a détruit plusieurs arbres et je ne pouvais que laisser faire » a-t-il affirmé en indexant ladite concession avec un air abattu.

Ces situations ont pour conséquences, entre autres, « le découragement de ceux qui pratiquent la RNA mais aussi de ceux qui sont tentés de dupliquer cette technologie » a indiqué Julien OUEDRAOGO, directeur technique du Réseau MARP-Burkina, qui exhorte l’ensemble des acteurs locaux à soutenir les agriculteurs pour préserver « ces poumons verts ». « C’est la seule alternative pour nous conduire vers la sécurité alimentaire » dit-il.

Abdoulaye MAIGA

crédits photos : Réseau MARP-Burkina

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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