Burkina Faso : une coopérative de femmes se fait une renommée dans la transformation et la commercialisation du lait local

« Actuellement on est très connu, tout le monde est intéressé par nos produits [...] », Pendo Maïga.

« Actuellement on est très connu, tout le monde est intéressé par nos produits […] », Pendo Maïga.

A Fada N’Gourma, une ville dans l’Est du Burkina Faso, une coopérative de femmes, la plupart des épouses d’éleveurs, s’est fait une réputation dans la production, la transformation et la commercialisation du lait local. Lait pasteurisé, yaourt sucré, fromage, sont vendus au détail sous le nom « Nungu Kossam », directement au siège de la coopérative et un peu partout dans la ville.

Pendo Maïga est la présidente de la coopérative qui compte aujourd’hui 13 femmes. Assise à l’ombre du hangar à l’entrée de la coopérative avec trois autres femmes, Pendo Maïga voit défiler une vingtaine de personnes en à peine une demi-heure. Parmi eux quelques heureux, ceux qui viennent livrer le lait fraichement trait dans des bidons en plastique de 5 ou 10 litres et passent aussitôt à la caisse prendre leur dû. Mais plus nombreux et moins heureux sont ceux qui viennent pour acheter du yaourt ou du lait pasteurisé. « Il n’y a pas de lait ce matin, revenez le soir » répète à chaque client Pendo Maïga.

Cette activité de transformation et de commercialisation de lait local procure aux femmes des revenus non-négligeables. « A la fin du mois, on se retrouve et puis on regarde les dépenses qu’on a faites, on garde une partie des bénéfices pour la caisse et le reste on partage entre nous. Cela permet à chacune d’entre nous d’apporter quelque chose à la maison pour aider à assurer la scolarisation des femmes, les soins médicaux et les petites dépenses de la famille », explique Ramatou Maïga, membre de la coopérative.

Le succès de la laiterie repose sur la qualité des produits mis sur le marché

Le succès de la laiterie repose sur la qualité des produits mis sur le marché

Les nombreux allers-retours au siège de la coopérative à longueur des journées témoignent du succès des produits de la coopérative dans la ville. Un succès qui se repose sur la qualité des produits mis sur le marché, fait comprendre la présidente de la coopérative. Elle dit : « Tout commence par la collecte du lait. On le fait auprès de nos membres et aussi d’autres éleveurs. Quand le lait arrive à la laiterie, on fait des tests de contrôle de qualité. Il y a le volume test, le test à l’alcool, le test de lacto-fermentation et le test au lacto-densimètre ».

Elle poursuit en donnant plus de détail sur les différents tests qu’elles effectuent au quotidien sur le lait : « Certains éleveur peuvent traire les vaches la nuit et mélanger ce lait avec qu’ils traitent le matin du jour suivant. On enlève une petite quantité du lait qu’on chauffe pour voir. Si le lait se coagule, ça veut dire que la qualité n’est pas bonne. C’est ça le volume test. D’autres éleveurs aussi sont tentés de diluer le lait avec l’eau pour augmenter la quantité et gagner plus à la vente. Dans ce cas, on utilise le lacto-densimètre pour voir si le lait à été dilué ou pas ». Quant au test de lacto-fermentation, il consiste à mettre un échantillon du lait dans un tube qu’on dépose à l’abris pendant une certaine durée. « Lorsqu’on observe que l’eau contenue dans le lait se retrouve en bas et le lait en haut, cela veut dire que la qualité n’est pas bonne », assure Madame Pendo Maïga.

Mais ce n’est pas tout. « On fait aussi le suivi sanitaire de nos vaches pour voir si elles sont en bonne santé », précise la présidente de la coopérative. Il s’agit de tests réguliers de tuberculose et de brucellose effectués par les services techniques en charge d’élevage sur les vaches des femmes membres de la coopérative et des autres éleveurs qui fournissent le lait à la coopérative. « Les derniers examens ont été faits en novembre 2014. Sur 72 vaches, seulement 3 étaient positives aux tests et celles-ci ont été mises à l’écart. Tout cela parce qu’on se dit que quand on produit quelque chose qui est destinée à la consommation humaine, il faut toujours s’assurer de la qualité », explique Pendo Maïga.

Avec ce qu'elles gagnent, les femmes contribuent à l'épanouissement de leurs familles.

Avec ce qu’elles gagnent, les femmes contribuent à l’épanouissement de leurs familles.

Face à une clientèle de plus en plus nombreuse, la coopérative peine à satisfaire la demande. Pendo Maïga ne cache pas son inquiétude. Elle dit : « Actuellement on est très connu, tout le monde est intéressé par nos produits, mais beaucoup viennent et n’en trouvent pas. Ils repartent toujours frustrés. Pour nous cela est décourageant car on risque de permettre notre clientèle ».

Cette situation se répète chaque année pendant une bonne partie de la saison sèche. « En ce moment, on n’arrive plus à avoir assez de lait. Les propriétaires des vaches qui en temps normal nous livrent 50 litres par jour, aujourd’hui ils n’amènent que 5 ou 10 litres. On leur demande ce qui se passe, ils nous disent que les éleveurs sont partis en transhumance avec leurs vaches », regrette la présidente de la coopérative. Pour elle, la solution à cette situation de plus en plus inquiétante passe par l’augmentation du nombre de vaches laitières des femmes membres pour leur permettre de fournir plus de lait à la coopérative.

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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