Burkina Faso : Des radiodiffuseurs utilisent la radio et les TIC pour contrer les carences en vitamine A

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa passion d’Amidou Ouédraogo pour la radio demeure vive, même après 13 années de radiodiffusion. M. Ouédraogo dit : « Quand j’ai commencé la radio, c’était une question de plaisir. J’ai beaucoup de choses dans mon cœur que je veux partager avec les autres. Et la radio me semble le meilleur outil pour le faire. Pour moi, la radio, c’est le partage ».

Avant de devenir animateur radio, il vendait des produits cosmétiques. Mais, en 2002, il débuta sa carrière de radiodiffuseur avec la station de radio Lotamu. La station diffuse à partir de Solenzo, dans le nord-ouest du Burkina Faso, à environ 300 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

M. Ouédraogo explique : « Quand la radio Lotamu a commencé, j’étais parmi leurs fidèles auditeurs. Puis entre temps je me dis, comme j’aime la radio “Pourquoi est-ce que je ne vais pas aller voir le responsable pour animer une émission ? ” Il a accepté et j’ai commencé avec une émission de sport. Puis les auditeurs m’ont demandé si je ne pouvais pas faire le journal en langue djoula. J’ai essayé et ça marché. »

Il a abandonné la boutique de cosmétiques à son petit frère pour se consacrer à la radio. Aujourd’hui encore, tout le monde à la radio le surnomme « Banwa Beauté » en référence au nom qu’il a donné à sa boutique de cosmétiques.

Au cours de l’année 2014, la radio Lotamu est parmi les trois stations sélectionnées au Burkina Faso par Radios Rurales Internationales pour mettre en œuvre une campagne de radio qui encourage les agricultrices et les agriculteurs a cultivé la patate douce à chair orange (PDCO). Le tubercule est une excellente source de vitamine A, un nutriment qui fait défaut dans le régime alimentaire de nombreuses Africaines et de nombreux Africains.

La radio Lotamu désigne alors M. Ouédraogo comme chef de l’équipe chargée de la campagne au niveau de sa radio. Il explique : « On a réalisé et diffusé en tout 17 émissions. C’est grâce à cette campagne que j’ai vraiment compris qu’on pouvait utiliser la radio pour changer les comportements de la population ».

La campagne radiophonique a introduit l’usage combiné du téléphone mobile et de l’Internet à la radio pour faciliter la participation des populations. La station utilise un système qu’on appelle Beep-to-vote à travers lequel les agricultrices et les agriculteurs peuvent interagir gratuitement avec les radiodiffuseurs via les téléphones mobiles.

Alimata Konaté est assistante chargée en TIC au bureau du Burkina Faso de Radios Rurales Internationales. Elle dit : « Le système [Beep-to-vote] permet par exemple de faire des sondages pour tester la connaissance de la population sur un sujet donné afin de produire des émissions dans le but de changer les comportements et [d’encourager l’adoption de nouvelles] pratiques ».

Elle ajoute : « Ce système est efficace  en ce sens qu’il permet à la radio de valoriser ses auditeurs en leur permettant de participer massivement pendant et après les émissions».

Apollinaire Kam est responsable de la rédaction de la radio Voix du verger, une station de radio situé à Orodara, à 200 kilomètres au sud-ouest de Solenzo. Sa station a aussi diffusé une campagne sur la PDCO et il ne pouvait pas être plus satisfait avec les résultats.

M. Kam dit que cette campagne était un processus d’apprentissage pour la station, ainsi que ses auditrices et ses auditeurs. « Dans notre localité, les populations produisaient suffisamment de la PDCO, mais elles n’en consommaient pas. Depuis qu’on a commencé les sensibilisations, cela a changé positivement les mentalités des populations. Beaucoup d’auditeurs nous ont félicité pour le travail abattu qui leur a permis de prendre conscience de l’importance de la consommation de la PDCO ».

Pour Amidou Ouédraogo, cette campagne a été une expérience très enrichissante. Il ne peut pas cacher sa satisfaction quand il en parle. Il dit qu’avant la campagne, certains cultivaient la PDCO, mais au fil du temps, les gens ont abandonné cette culture à cause des rumeurs qui disaient que sa consommation rend l’homme faible. Il explique : « Avec la radio et surtout nos partenaires de la santé qui ont livré beaucoup d’informations sur les bienfaits de la consommation de la PDCO, aujourd’hui beaucoup se sont remis à la production et la consommation de ce tubercule ».

M. Ouédraogo conclut : « Nous avons appris une nouvelle manière de faire de la radio qui met en valeur nos auditeurs, et nous comptons continuer dans ce sens ».

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Note de l’éditeur : Pour en apprendre d’avantage sur le système Beep-to-vote qu’utilise Radios Rurales Internationales, rendez-vous sur : http://www.farmradio.org/ourblog/fr/2014/07/24/carte-postale-vocale-apprendre-la-technique-beep-to-vote-au-burkina-faso/

Article initialement publié sur barzainfos

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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