Sauver la filière sésame au Burkina Faso

grains de sesame

En termes de volume de production du sésame, le Burkina Faso occupe la sixième place mondiale. Mais en termes de valeur du produit, le pays est relégué au huitième rang. « Ça veut dire que nous produisons beaucoup, mais nous ne faisons pas assez de qualité », explique Yempabou Coulidiati, président de l’UNAPROSEB (Union Nationale des Producteurs du Sésame du Burkina Faso).

La qualité moyenne du sésame burkinabè s’explique en partie par la faible organisation des producteurs et le manque de concertation avec les autres acteurs de la filière. « Il y a de sérieux problèmes dans la filière sésame. Dans ma zone d’intervention, c’est une inorganisation totale, regrette Jean Pierre Hien, chef de zone d’appui technique en agriculture (ZAT) de Solenzo, dans le nord-ouest du Burkina Faso. Il y a une union départementale des producteurs de sésame. Mais dans le fonctionnement ça ne marche pas. Chaque producteur s’approvisionne en intrants comme il peut, il produit comme il peut et part vendre son produit comme il peut. Parfois il est surpris quand il arrive sur le marché, il ne comprend pas pourquoi le prix augmente ou baisse, il n’a aucune information », ajoute-il.

Une analyse que partage le président de l’UNAPROSEB. « L’union nationale des producteurs de sésame ne regroupe que six des treize régions du Burkina, même si les régions membres correspondent à 80% de la production nationale. Au sein même des régions membres, il y a encore beaucoup de producteurs qui ne sont affiliés à aucune organisation de base de l’union », explique Yempabou Coulidiati. « Il y a d’abord un travail d’organisation et après cela un gros travail d’encadrement pour que tout le monde maitrise les techniques de production et surtout des opérations post-récoltes pour assurer vraiment un sésame de très bonne qualité pour le marché international », ajoute-il. Dans la même logique, Hamadou Lompo, chef de la zone d’appui technique en agriculture (ZAT) de Yamba dans l’Est du Burkina Faso, ajoute : « Il faut accroitre l’appui conseil des producteurs depuis la production jusqu’à la récolte, le conditionnement et le stockage. Il faut mettre l’accent sur les infrastructures de stockage. Dans toute la zone de Yamba, un magasin de stockage digne de ce nom, il n’y en a pas. Les producteurs gardent leurs récoltes dans leurs chambre à coucher, avec les souris et toutes sortes d’insecte, cela pose problème ».

L’interprofession, la solution ?

Mais la qualité du sésame n’incombe pas qu’aux seuls producteurs. D’où la nécessité de travailler également à établir un dialogue permanent avec les acteurs des autres maillons de la filière. « Il faut amener chaque acteur à jouer pleinement son rôle pour minimiser les risques », déclare Yempabou Coulidiati. Et cela passe par la mise en place d’une interprofession, fait comprendre le président de l’UNAPROSEB. « C’est vrai que cela tarde à voir le jour, parce qu’il y a des problèmes de reconnaissance au niveau des commerçants et au niveau des transformateurs. Au niveau des producteurs, on est reconnu depuis 2012, on attend donc les autres pour aller vers l’interprofession », explique-t-il.

Pour Jean Pierre Hien, il est aussi vital pour la filière de travailler à la traçabilité du sésame. « Si vous partez dans un établissement d’exportation du sésame à Ouagadougou et vous demandez d’où vient exactement le sésame, ce n’est pas évident que quelqu’un puisse y répondre. Tout cela passe par l’élaboration d’un cahier des charges très clair, qui va être suivi par tous les acteurs », soutient l’encadreur agricole.

A ce propos, du côté de l’UNAPROSEB, on plaide pour « assainir au plus vite le milieu des exportateurs ». La question de la qualité n’est pas le seul problème auquel s’attaque Yempabou Coulidiati. « On veut limiter les actions néfastes des exportateurs. Par exemple les achats bord-champ qui anéantissent les organisations de producteurs. Mais on ne peut lutter contre cela sans l’aide de l’Etat. Il faut que nous ayons une discussion claire avec l’Etat pour qu’on nous accompagne réellement, comme il se doit et pas de façon biaisée », déclare le président de l’UNAPROSEB.

Même si certains acteurs qui s’y investissent commencent à déchanter, le sésame est aujourd’hui ‘’la poule aux œufs d’or’’ des agriculteurs burkinabè. Culture peu exigeante, le sésame procure aux agriculteurs des revenus importants. Essentiellement destiné à l’exportation, ce produit permet au pays de faire entrer des devises non-négligeables.

Une meilleure organisation et un encadrement rapproché des producteurs, un dialogue permanent avec les autres acteurs et un contrôle rigoureux des exportateurs, donnerait un nouvel élan à la filière déjà quelque peu en perte de vitesse. Avant que le marché international ne ferme ses portes au sésame du Burkina Faso.

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. DAO Binafou dit :

    Etant le PCA d’une entreprise agricole, je partage les idées de l’encadreur et du président de l’union national des producteurs du sésame de burkina,il faut vraiment une interprofession pour sauver à jamais cette filière lucrative au burkina-faso.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :