Burkina Faso : des producteurs de coton se règlent les comptes

Copyright: I. Maïga

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La grogne se fait entendre à nouveau au sein de l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB). Dénonçant une mauvaise gestion de l’Union, des producteurs dans l’Ouest du Burkina Faso exigent la démission du président de l’union, Karim Traoré. C’était au cours d’une rencontre tenue le 13 décembre 2014 à Bobo-Dioulasso.

Deux jours plus tard, le 15 décembre, Karim Traoré tenait à son tour une rencontre d’explication avec les présidents des sections provinciales de l’UNPCB. Il dénonce pour sa part des tentatives de déstabilisation de l’UNPCB.

L’heure des règlements de comptes ?

Le groupe des frondeurs, conduit par le secrétaire général adjoint de l’UNPCB, Zoubiéssé Doyé, dénonce des malversations constatées dans la gestion de leur organisation. Ils exigent un audit des comptes de la structure et réclament aussi la dissolution de la direction. On a noté à cette rencontre la présence de François Traoré ancien président de l’UNPCB.

Karim Traoré, actuel président de l’UNPCB est directement mis en cause. Il lui est reproché l’achat de terrains à hauteur de 270 millions, une mauvaise gestion des fonds destinés à l’achat de maïs au profit des producteurs, la confection de plus de 30.000 Tee-shirts à hauteur de 40 millions pour sa campagne politique. Il faut rappeler que Karim Traoré a été candidat malheureux aux élections législatives de 2012 sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) alors parti au pouvoir.

Autres griefs, des licenciements abusifs et des recrutements illicites, la vente illicite de la graine de coton biologique, etc. Les producteurs mécontents reprochent aussi à leur président d’être responsable de la politisation de cette organisation paysanne faitière, l’une des plus dynamique au Burkina Faso.

Une vengeance et un problème ethnique selon Karim Traoré

Contacté au téléphone, Karim Traoré livre sa part de vérité. « Par rapport à l’achat des parcelles, c’est vrai, il y a eu des parcelles qui ont été achetées. Mais des parcelles achetées au nom de l’UNPCB. On a passé ça en réunion du Conseil de gestion. Ca été adopté et après nous avons passé ça en assemblée générale tenue le  24 octobre. Nous avons informé l’assemblée par rapport à l’achat de ces parcelles et l’assemblée a adopté cette décision et a félicité le Conseil de gestion pour sa vision », explique le président de l’UNPCB.

Il explique que les achats immobiliers concernent deux parcelles jumelées de 320 m2 à dans la zone de Ouaga 2000 pour une montant de 45 millions, une parcelle à Bobo-Dioulasso de 4,3 hectares à 160 millions, et une parcelle à la zone commerciale de Bobo-Dioulasso à 33 millions

Répondant à l’accusation de politisation de l’organisation paysanne, Karim Traoré explique que si l’UNPCB en tant qu’organisation paysanne est apolitique, les individus, eux, sont libres de s’engager ou pas dans la politique. « Jusqu’à preuve de contraire, les individus peuvent faire leur politique. C’est dans ce sens que tout le monde fait la politique. Ceux qui m’accusent de faire la politique, si on leur pose la question, Doyé [Zoubiéssé, chef des frondeurs], il fut maire CDP [Congrès pour la Démocratie et le Progrès, parti au pouvoir avant la révolution populaire d’octobre 2014] pendant qu’il était membre du bureau [de l’UNPCB]. On l’a enlevé par rapport à sa mauvaise gestion », déclare le président contesté de l’UNPCB.

Il poursuit : « En 2005 c’est François [Traoré][1], qui m’a dit de battre campagne. Il a lui-même donné mon nom aux autorités. Aujourd’hui c’est lui qui me reproche tout cela, parce que le CDP n’est plus là ! Il doit être honnête ».

Pour Karim Traoré, cela ne fait aucun doute, les raisons de la contestation sont plutôt d’ordre politique et ethnique. « C’est parce que je suis [de l’ethnie] mossi, pour eux on ne doit pas trouver de mossi à la tête de l’UNPCB parce que la production cotonnière est à l’ouest », dit-il. « C’est un problème de vengeance et non un problème de gestion. François lui-même a géré mal. On a ses dossiers », ajoute-il d’un ton menaçant.

Face à la grogne, le ministère en charge de l’agriculture tente une médiation. « Le ministère m’a appelé ce matin. Ils ont commencé des rencontres de concertations pour voir réellement ce qui se passe », confie-il.

La filière coton, pourvoyeuse de devises, a longtemps été la chasse-gardée du régime de Blaise Compaoré. Cela jusqu’à sa chute le 31 octobre 2014. Pour le coton biologique par exemple, c’est Chantal Compaoré, épouse du président déchu, qui négociait directement la vente à l’international. La chute du régime ouvre un grand boulevard pour les producteurs désireux de changement. Mais encore faut-il qu’ils sachent s’y prendre.

 

 

 

[1] François Traoré alors président de l’UNPCB en 2005, est aujourd’hui président d’honneur des contestateurs.

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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