Quai de débarquement de poisson : « zone afrique » et « Zone Europe »

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Il y a quelques jours je lisais un billet posté par une amie, Maureen Agena, sur sa page Facebook à propos de ce qu’elle a appelé « l’esprit de pauvreté ». Cet état d’esprit qui consiste à garder le meilleur de ce qu’on a pour d’autres personnes, ses visiteurs par exemples, entre autres manifestations. Comme si soi-même on ne méritait pas le meilleur de que l’on a.

C’est exactement ce à quoi j’ai pensé en visitant certains quais de débarquement des produits de pêche au Sénégal. A Joal, Mbour, Hann… les quais sont toujours séparés en deux zones : « zone afrique » et « Zone Europe ».

« Vous allez voir à quel point la différence est frappante », nous prévenait en riant Karim qui nous faisait visiter le quai de débarquement de Joal. « Dans la zone Afrique, on peut déverser le poisson à même le sol sans problème », ajoute-il toujours en riant. Alors que dans la zone Europe, tout poisson qui tombe au sol est immédiatement déclassé. Bien que la terrasse paraisse de loin plus propre, mieux entretenue qu’en « zone afrique ».

La « zone afrique » reçoit le poisson destiné à alimenter les marchés locaux ou régionaux. Tandis que le poisson débarqué dans la « Zone Europe » est exclusivement destiné à l’exportation vers l’Europe. Entre les deux zones, un mur et rien de plus. Mais ce mur de 20 cm d’épaisseur sépare deux réalités, deux mondes, deux types de consommateurs. D’un côté le consommateur qui mange pour vivre aujourd’hui, suis-je tenté de dire, et de l’autre le consommateur soucieux de sa santé et prêt à payer le prix de la qualité.

La « zone afrique » est-elle à l’image de l’Afrique ? Une terrasse presque entièrement recouverte de boue, un monde fou qui défile de partout, difficile de se frayer un passage.

Ce désordre n’a pas lieu en « Zone Europe ». D’abord l’accès y est rigoureusement contrôlé, n’y entre pas qui veut. La terrasse est nettoyée régulièrement. Mieux, cette zone est dotée d’un laboratoire. Le poisson débarqué est contrôlé puis immédiatement chargé dans les camions frigorifiques pour acheminement vers des usines de conditionnent. Ici on respecte les « normes européennes », autrement dit « les normes élémentaires de qualité et d’hygiène ». Oui ce poisson-là donne l’appétit. Mais hélas ! Une fois chargé, on ne verra plus sa couleur. Pas en terre africaine en tout cas.

« Pourtant il n’y a aucun européen dans les parages pour contrôler », ai-je dit, tout ébahi. Si on est capable de faire cela pour les autres, pourquoi ne peut-on pas le faire pour soi-même ?

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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