Sauver le pastoralisme

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C’est une douce hémorragie. Mais aux conséquences dévastatrices. Lentement, le Burkina Faso se vide de son bétail. On estime à 5 millions de bovins burkinabè présents en Côte d’Ivoire et 3 millions de têtes au Ghana. Presque autant que les 9 millions de têtes encore sur le territoire national.

Dans les villes, les populations se plaignent que la viande est de plus en plus cher, sans vraiment chercher à comprendre pourquoi. D’ailleurs le « pourquoi » n’intéresse personne quand on est tracassé de jour en jour par le « comment ». Comment se nourrir, comment se soigner… la vie chère qui s’éternise ! Bref revenons à nos bœufs !

La faute de ces départs au manque d’infrastructures et d’aménagement pastoraux adéquat. « Tous ceux qui ont les gros effectifs, soit ils font la transhumance, ils partent et ils reviennent ou ils sont définitivement partis d’ici. Car ici il n’y a pas de parcours, il n’y a pas de pâturage, il y a des difficultés aussi d’abreuvement. Actuellement nous sommes en campagne de vaccination, mais la plupart des éleveurs qui ont de gros troupeaux sont déjà partis. C’est comme ça chaque année », constate Moumouni Sawadogo, directeur provincial des ressources animales et halieutiques des Banwa.

Emile Sanou est le président de l’union des groupements des éleveurs de la commune rurale de Kouka. Il confie que tous les grands éleveurs de la commune n’ont plus leurs troupeaux sur place. « On a des troupeaux en Guinée, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Ghana. Personnellement j’ai mes animaux qui sont partis. Je ne pouvais pas les garder ici parce qu’il n’y a pas de place », explique-t-il. « Les zones qui avaient été délimitées pour les éleveurs ont été envahies par des agriculteurs. Dans toute la commune, on n’a même pas un hectare réservé à l’élevage. Comment va-t-on faire ? Si on ne trouve pas de solution, on va finir par tous fuir », ajoute-t-il d’un air grave.

Les commerçants de bétails, nombreux dans la province des Banwa vivent difficilement cette situation. Siaka Sangaré est éleveur et commerçant de bétail à Solenzo. Son business consiste à acheter du bétail à Solenzo et les convoyer jusqu’en Côte d’Ivoire pour les revendre quelques mois après. « Mais de plus en plus le marché n’est pas très bon là-bas parce qu’il y a beaucoup d’éleveurs burkinabè qui sont installés là-bas et proposent aux acheteurs leurs bétails à des prix plus intéressants que nous. On ne peut pas quitter ici parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour aller vendre au même prix que celui qui est installé sur place là-bas avec son troupeau », confie-t-il tout confus.

Les grands acheteurs ivoiriens ont également déserté les grands marchés à bétail du Burkina car disposant désormais d’un stock considérable dans leur pays. « On se parle entre nous et on se dit que pour que notre commerce se développe on a plus intérêt à aller nous y installer aussi en Côte d’Ivoire. Pour l’instant on ne peut pas se permettre de partir parce qu’on a la famille ici, nous avons nos terres à préserver. Si ce n’est à cause de la famille, il y a longtemps je serais parti », explique Siaka Sangaré.

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Crédits photos : www.france-sud.ird.fr

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Ce texte a suscité de nombreux commentaires sur Facebook. Nous avons jugé utile de vous les rapporter ici :

Némaoua BanaonNémaoua Banaon Je pense qu’il faut un action de masse pour soutenir le pastoralisme; si le faso est fier de dire que nous exportons plus de 200 000 têtes de bovins par an, l’Etat ne fait pas suffisamment pour sécuriser les parcours; le pastoralisme peut nourrir le Faso en viande, j’y crois et le cri d’alarme de Henk doit être porté encore plus haut.

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Ronald StaringRonald StaringLa concurrence avec CI pour le marché local la-bas semble déjà presque perdu (?) Dommage…

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Henk NugterenHenk Nugteren: Ronald Staring je pense qu’en jouant sur l’efficience des chaînes d’approvisionnement (rapidité et coûts) par la réduction des entraves à la mobilité et des faux frais, le volume du marche pour le bétail en provenance du Burkina pourrait être maintenu, la demande étant en croissance. Une satisfaction complète de la demande nationale ivoirienne par une offre nationale me semble pas réaliste, ni réalisable. Serait intéressant de suivre ces évolutions à travers des statistiques.

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Némaoua BanaonNémaoua Banaon: Il faut être prudent sur les statistiques, les miniers sont entrain d’importer de la viande au Faso, quelle gageure en faisant croire qu’ils n’arrivent pas à répondre à leur besoin sur le marché national; autant il faut satisfaire le marché extérieur proche comme la CI et le Nigéria autant le défis du pastoralisme sera de satisfaire le marché intérieur avec une viande de qualité.
Bien à tous
Némaoua BANAON
Directeur du CEFRAP
09 BP 822 Ouagadougou 09
tel: 226 70 20 55 16
fixe: 226 50 41 26 05
nemaoua.banaon@cefrap.com

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Henk NugterenHenk Nugteren : le defis est enorme et la concurrence grande et pas toujours au meme pied d’egalite (subvention). cette situation autour de mines me rappele dune causerie avec qqn de la banque mondiale ainsi que la presse qui faisaient cas dune pole de croissance « betail – mines » au sahel du bf…

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Inoussa MaïgaInoussa Maïga: Bonjour à tous. Merci Henk Nugteren, Nemaoua Benaon et Ronald Staring de contribuer à ce déba qui devient tres intéressant. Je partage tout ce que vous dites. Je pense que la grande inquiétude réside dans le fait qu’au Burkina on ne crée pas les conditions pour à la fois faciliter et encadrer la mobilité du bétail. Quand c’est comme ça le pastoralisme devient source de conflits. C’est comme si on ne reconnaissait pas l’existence de cette pratique.

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André Jonas DjenontinAndré Jonas Djenontin: A la validation d’une étude sur les infrastructures pastorales, des représentants des éleveurs peuls nous révélaient qu’en faite la transhumance de saison sèche ne constitue qu’un déplacement d’un problème d’un territoire à un autre. Ils préconisaient la mise en place d’infrastructures qui rendent disponibles et accessibles les ressources primaires que sont l’eau et les pâturages. J’ai du constaté avec eux que les dispositions prévues dans les divers lois sur la transhumance intérieure aux nations en Afrique de l’Ouest ne sont pas mises en œuvre. Prenez à titre d’exemple dans les différents codes pastoraux ou codes forestiers, les dispositions sur le pacage ne sont jamais mises en œuvre. Voilà la situation

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André Jonas DjenontinAndré Jonas Djenontin: A la veille d’un cours que je dois animer sur « le pastoralisme, défis et enjeux », je me demande si je pourrais tout cerner au profit de mes auditeurs. Je compte sur ce débat et vos contributions.

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Némaoua BanaonNémaoua Banaon : Je crois sincèrement que le commun du monde du développement ignore beaucoup du pastoralisme; les gens continuent à parler de l’élevage contemplatifs alors qu’au lendemain de la dévaluation, le Burkina Faso a émis des textes pour freiner la vente prétextant que les éleveurs vendaient les reproducteurs; les stocks d’animaux étaient chez les commerçants qui avaient eu des années d’invendus. Il y a beaucoup à dire.

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André Jonas DjenontinAndré Jonas Djenontin : Memaou Banaon, ma lecture des différentes dispositions au niveau de l’Union Africaine et surtout au niveau de la CEDEAO m’a fait connaître que l’un des grands défi de l’élevage pastoral est de couvrir les besoins en viande des Etats de cette communauté. La réalisation de ce défi passe par les marchés nationaux et sous-régionaux. Mais, la libre circulation des hommes et des biens a pris un sérieux revers car certains Etats n’auraient toujours pas ratifié les dispositions sur la transhumance transfrontalière. Ceci peut constituer un sérieux handicap pour le cheptel convoyé à pied à travers les couloirs de transhumance. A moins que ces marchands de bétail ou les éleveurs pastoraux affrètent des camions ou des wagons de train pour le convoyage du bétail. Vraiment, pour sauver ou valoriser le pastoralisme au niveau de la CEDEAO, il y a beaucoup à dire et à faire.

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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4 réponses

  1. Henk Nugteren dit :

    Les 9 millions sont un nombre relativement stable dans le temps. L’accroissement de l’effectif dans la zone soudanienne une réalité. Et l’investissement dans les meilleures conditions de séjour itinérante une nécessité stratégique.

  2. René MILLOGO dit :

    Merci pour toutes ces réflexions et contributions qui posent de façon pertinente la problématique du pastoralisme dans notre pays et dans la sous région. En plus de ce qui est soulevé comme difficultés par les uns et les autres, il y a la question de l’organisation même des premiers acteurs, c’est à dire les pasteurs eux-mêmes. Le plaidoyer pour la prise en charge et pour l’effectivité des couloirs de transhumance doit être actif et proactif et doit être mené par les acteurs outillés. La prise en main de la problématique par les premiers acteurs représentatifs, légitimes, bien organisés avec de bonnes stratégies de plaidoyer à tous les niveaux pourrait contribuer à faire avancer les choses! Mais cela reste un défi; même si quelque chose est déjà mis en oeuvre par quelques organisations de pasteurs!
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    René MILLOGO
    Coordonnateur plate-forme d’Actions à la Sécurisation des Ménages Pastoraux (PASMEP)
    Tél: 00226.50.35.35.21 / 00226.70.32.32.40
    pasmep@fasonet.bf

  3. TANKOANO Augustin dit :

    Inoussa,je suis interessé de savoir les mesures prises par le ministère en charge de l’élevage pour y faire face.

    • googolfarmer dit :

      Bonjour Augustin. Désolé pour le long silence, votre commentaire m’a échappé. Vous posez une question très pertinente qui mérite qu »on s’y penche: que fait le ministère en charge de l’élevage ? Je ne saurai répondre à leur place, mais je m’arrangerai pour obtenir des réponses. J’imagine d’avance ce qu’on me dira…
      A votre niveau, comment ressentez-vous cela ? Est-ce que cela se ressent dans la vie quotidienne ? Si oui comment ?

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