Agriculture familiale = Agriculture durable

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Malgré des conditions de plus en plus défavorables, les agriculteurs familiaux n’ont de cesse à exploiter leur potentiel pour répondre à leurs besoins alimentaires et fournir des vivres aux villes burkinabè

« Nous sommes dans un monde de capitalistes. C’est quand notre agriculture emploiera peut-être 5 ou 15% de la population pour produire pour l’ensemble du pays que nous aurons réussi notre mutation », déclarait Salif Diallo, Ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources Halieutiques, dans une interview accordée au journal Le Pays le 18 juillet 2002. Puis il lâche la bombe : « Ces exploitations familiales dont on parle aujourd’hui, toutes regroupées, ne produisent pas plus que 2 ou 3 fermiers européens ou américains. Le paysannat, c’est bien beau, mais il lui faut une autre dimension, celle de l’entreprenariat agricole pour aller de l’avant ».

Aux yeux des pouvoirs publics, les agriculteurs du Burkina n’étaient que « des paysans pauvres qui étaient liés (et qui le sont toujours d’ailleurs) à une agriculture de subsistance », qui cultivaient avec des moyens archaïques et n’arrivaient pas à produire suffisamment pour nourrir le pays. On ne pouvait donc pas compter sur eux.

« C’est nécessaire et incontournable que dans notre agriculture il y ait de nouveaux acteurs. Il faut créer les conditions pour l’émergence de ces nouveaux acteurs par l’accès aux crédits, au matériel de mécanisation et surtout par la sécurisation foncière », soutient le super ministre en charge de l’agriculture dans la même interview. « C’est par eux que viendra l’exemple. On n’a jamais vu dans aucun pays, une agriculture émerger sans des professionnels, des gens qui viennent d’autres branches pour acquérir ou diffuser des connaissances et gagner leur vie », ajoute-il.

Un pari sur le mauvais cheval

C’est avec un mépris pour ces millions d’agriculteurs familiaux burkinabè que, dans la foulée, le gouvernement s’est lancé sans véritable préparation dans la promotion de ce qu’il a appelé « agrobusiness ». Hommes d’affaires, hauts fonctionnaires, ministres, etc. sont encouragés à investir dans le secteur rural pour intensifier la production agricole afin d’en finir avec les crises alimentaires récurrentes.

Comme une trainée de poudre, la nouvelle mode s’est vite répandue. Profitant de leur position administrative, politique, économique, de nombreux individus s’accaparent de milliers d’hectares de terres agricoles. Leurs zones de prédilection, le centre-ouest, l’ouest, le sud-ouest du pays avec leurs terres encore très fertiles. Non seulement les modalités d’acquisition des terres posent problèmes, mais les terres acquises ne sont pas réellement mises en valeur.

Pour cacher le malaise, les pouvoirs publics se lancent dans une danse de mots. D’agrobusiness men, on est passé à « nouveaux acteurs », puis à « entrepreneurs ruraux ».

Souffrez que les pauvres petits agriculteurs vous nourrissent !

Pendant ce temps, ce sont ces mêmes agriculteurs familiaux qu’on a méprisés qui continuent à alimenter les villes en denrées alimentaires. Apportant la preuve que pour être efficaces et durables, les efforts d’intensification de l’agriculture au Burkina Faso doivent être orientés en priorité vers les agriculteurs familiaux.

Il est clair qu’aujourd’hui l’agriculture burkinabè doit accélérer sa transformation pour contribuer davantage à la croissance économique du pays. Mais pour y arriver, il y a plusieurs défis à relever. Le premier défi est la sécurisation de l’accès et de la transmission du foncier au profit des différentes catégories d’acteurs ruraux.

Le second défi est sans doute l’adaptation aux changements climatiques. Le secteur agricole burkinabè doit faire face de plus en plus à des incertitudes croissantes.

Enfin le troisième défi est la sécurisation de l’activité agricole en termes de production et de revenues, en fournissant aux agriculteurs des crédits et assurances adaptés et en luttant contre la volatilité des prix des produits.

(Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’interview de Salif Diallo ici : http://www.abcburkina.net/le-burkina-faso/de-a-a-z/304-eau )

crédits photos: Siriki Ouattara

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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1 réponse

  1. 2 mai 2014

    […] « Nous sommes dans un monde de capitalistes. C’est quand notre agriculture emploiera peut-être 5 ou 15% de la population pour produire pour l’ensemble du pays que nous aurons réussi notre mutation …  […]

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