Bétail : Pour le lait ? Pour la viande ? Ou pour le nom ?

C'est la saison sèche et le bétail manque de nourriture

C’est la saison sèche et le bétail manque de nourriture

Dimanche 16 février 2014. A Boborola, une localité située à 80 km de Bobo-Dioulasso, dans l’Ouest du Burkina Faso, il fait une de ces chaleurs étouffantes qui annoncent une pluie. Sauf qu’on est en pleine saison sèche. Ici pour les agriculteurs, saison sèche rime avec désœuvrement, repos forcé, cérémonies multiples et donc de nombreuses dépenses. Pour les éleveurs, le souci est tout  autre : tout est sec et le bétail manque de nourriture, et donc les vaches n’offrent que très peu de lait.

Agriculteurs et éleveurs veulent que cette situation change. En cet après-midi dominical, réunis chez Siriki Ouattara, à la fois agriculteur et éleveur, ils engagent une réflexion sur leur situation. « Comment peut-on s’en sortir si on doit travailler seulement trois mois pour se nourrir tout le reste de l’année. Il y a quelque chose qui ne va pas », lance Nestor Bondé, gendarme à la retraite, reconverti à l’agriculture depuis un peu plus d’une décennie.

« Même quand il y a une aide de l’Etat pour les agriculteurs, c’est longtemps après qu’on apprend que dans les villages voisins des gens ont bénéficié de cette aide. Ici jamais », s’en plaint Ali Badara qui regrette l’isolement du village.

Il s’arrête quelques secondes avant de continuer à égrener les problèmes du village. « Même l’école, chaque année on nous promet, mais rien. Jusqu’à ce jour nos enfants sont sous des paillottes. Il y en a qui marchent plus de 7 kilomètres pour atteindre l’école », ajoute-il. « Dans tout Boborola, il n’y a pas un seul forage. C’est la rivière qui nous sauve. On boit là-bas, nos animaux boivent là-bas également », dit-il. Il ne peut s’empêcher d’en rire.

Prenant la parole en tant qu’éleveur, Hamidou Sangaré évoque l’absence de zone de pâturage qui compromet la bonne pratique de l’élevage dans le village. Dans la foulée, Nestor Bondé soutient qu’il faut avoir des objectifs clairs : « tu élèves pour le lait, pour la viande ou pour le nom ? Il faut choisir ».

Répondant à Nestor Bondé, Siriki Ouattara reconnait que la pratique de l’élevage extensif est très peu rentable. « Avant je m’intéresse plus au nombre de mes bœufs. Mais aujourd’hui quand j’évalue je me rends compte que ça ne me rapporte rien. Maintenant je sélectionne tous ceux qui sont bons à vendre et je les envoie au marché. Cette année par exemple, j’en ai vendu une quarantaine d’un coup  », confie-t-il.

Garder un nombre raisonnable de bétail avec soi pour mieux les nourrir. C’est l’option des éleveurs de Boborola. Mais pour y arriver « nous avons besoin d’aide, de formation. Car nous ne connaissons pas cette nouvelle façon de faire », explique Hamidou Sangaré.

Avant de prendre congé, le groupe de paysans prend plusieurs décisions. Il s’agit entre autres de constituer une délégation pour aller à la rencontre des autorités communales à Sidéradougou afin de faire part de leurs multiples doléances. Ce même groupe sera chargé d’assurer le suivi « car il ne suffit pas d’aller les voir et de revenir s’assoir pour que les choses changent », déclare Siriki Ouattara.

Le groupement d’éleveurs du village envisage également d’adhérer à une organisation plus importante comme la fédération des éleveurs du Burkina afin de se positionner pour d’éventuelles opportunités.

Les villageois s’accordent également pour appuyer les femmes à s’organiser en groupement pour l’exploitation des amendes de karité. « Quand on regarde les arbres de karité, les nombreuses fleurs qu’ils portent annoncent une bonne production cette année », conclut Siriki Ouattara.

La transformation des amendes de karité peut rapporter gros aux femmes de Boborola

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 Crédits photos: Inoussa Maiga

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

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