Y a tout au village, pourquoi partir !

Jean-Bosco

Jean-Bosco est très fier de la plantation de sa coopérative

A Gishubi, une petite localité située au sud du Rwanda à plus de 140 km de la capitale Kigali, la coopérative Ilyerekezo produit les plus grosses bananes de la région. Niyikila Jean-Bosco, vice-président de la coopérative, âgé de la trentaine, est tout fier. Il est explique : « Regardez ces régimes de bananes. Les fruits sont bien gros, n’est-ce pas ? Ça c’est grâce à la fumure organique que nous produisons nous-mêmes pour amender le sol ».

De la fumure organique que les 10 membres de la coopérative ont appris à produire grâce à une vidéo qu’ils ont suivie maintes fois et toujours avec le même appétit au centre villageois des TIC.

Le centre villageois des TIC est un petit local où sont installés une télévision avec une centaine de chaines satellitaires, un lecteur DVD, un ordinateur avec une connexion wifi, une cabine téléphonique et un chargeur de batterie de téléphone mobile. Tous ces outils sont d’accès gratuit pour les villageois.

Ce matin du 8 novembre 2013, nous étions une dizaine de personnes de différentes nationalités à nous rendre à Gishubi. Dès que je franchis le seuil de la porte du centre, que vois-je à la télé et qui semble captiver toute l’attention de la trentaine de jeunes filles et garçons présents dans la salle ? La série burkinabè « Les Bobodiouf » avec les très célèbres Souké et Siriki. « Ça vient de chez moi ça », dis-je tout fier au jeune gestionnaire du centre.

Le remède miracle du gouvernement rwandais contre l’exode rural des jeunes !

Ce centre est un véritable lieu de rencontre, de distraction et de transfert de savoir. Savoir = pouvoir, est-il inscrit sur la façade extérieure du bâtiment peint aux couleurs de sponsors.

Les équipements TIC (télé, ordinateurs, internet) coûtent très chers et les ménagers ruraux pris individuellement ne peuvent pas s’en procurer. C’est pour cela que le gouvernement en partenariat avec le secteur privé (MTN, Samsung, etc.) à mis en place des centres villageois des TIC. Des centres comme celui de Gishubi, il en existe 2150 à travers tout le Rwanda.

Mais le fait de recevoir autant d’images des grandes villes, de voir autant de films qui présentent les villes comme l’eldorado, cela ne donne-t-il pas aux jeunes encore plus de raisons migrer vers les grandes villes ? C’est la question que je ne pu m’empêcher de poser aux jeunes présents dans la sale. Uwitije Jean Claude ne se fait pas prier pour y répondre. « En vérité lorsqu’on voit quelque chose de bien à la télé, on se dit qu’on va tout faire aussi pour avoir ça dans notre village », déclare-t-il sous des applaudissements d’approbation de ses paires.

La réconciliation entre la jeunesse et l’agriculture passe nécessairement par le développement des zones rurales. Qu’est-ce qu’on voit à Gishubi ? Des jeunes épanouis qui tout en ayant l’esprit ouvert sur le monde, réclament leur appartenance à leur village. « Tout n’est pas rose, mais les choses évoluent dans le bon sens », confie Niyikila Jean-Bosco, le regard optimiste.

Les jeunes ruraux ont besoin d’avoir l’opportunité de s’instruire, se former, s’informer, de s’ouvrir au monde. Les jeunes ruraux ont besoin de l’accès aux services financiers  afin de réaliser et faire fructifier leurs projets agricoles. Ils ont besoin d’un accès fiables aux technologies de production ainsi que des liens vers des marchés et de l’information. Pourquoi partiront-ils s’ils disposent de tout cela dans leur village ?

Inoussa Maiga

Consultant dans les domaines des médias et la communication participative pour le développement, je m'investis pleinement dans les questions de développement agricole et rural.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :